043

Le troisième recueil

Réflexion à la garde-frontière

Reflektion auf Grenzwache

Voilà bientôt deux heures
que je suis à la garde,
dans une nuit traversée
de tempêtes, obscure.

Maintenant le matin
monte à l'orient ;
une porte céleste
s'ouvre toute grande.

Cela me fait penser
à la maison natale
qui repose là-bas, loin encore
du fracas du monde.

Maintenant le père mène
sans doute la charrue dans le semis ;
lui aussi doit besogner
du matin jusqu'au soir.

Maintenant la mère se tient
sans doute au fourneau qui crépite,
dans la cuisine propre,
récurée, balayée.

Tout cela m'apparaît
comme un rêve, si doux —
maintenant le matin resplendit
dans l'or de feu.

Le soleil se lève,
si ardent et si rouge —
lui, il apporte la vie —
moi, j'apporte la mort…

Écouter